Injure
Qu'est-ce qu’une injure ?
L'injure est une parole, un écrit ou une expression de la pensée adressé à une personne (ou à un groupe de personnes) dans l'intention de la blesser, de la mépriser ou de l'offenser.
L’injure doit s’adresser à une personne ou un groupe de personnes déterminé.
Il ne faut pas confondre l'injure et la diffamation.
En effet, l'injure ne fait pas référence à un fait précis. En revanche, la diffamation est l'affirmation d'un fait précis qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération d'une personne.
Le fait de traiter une personne de « voleuse » est une injure. En revanche, le fait d’accuser l’employé d’un magasin d’avoir volé dans la caisse de son entreprise constitue une diffamation.
Par ailleurs, il faut distinguer l'injure raciste ou discriminatoire et l’incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination.
L’intention de l'auteur de l'injure est de blesser la personne ou le groupe de personnes qu'il vise. En revanche, l’auteur de l’incitation a pour but de pousser plusieurs personnes à avoir une réaction malveillante et haineuse à l’encontre d’autres individus ou groupes d'individus.
Le fait de traiter un groupe de personnes de « parasites » en raison de leur pays de naissance est considérés comme une injure. En revanche, inciter des personnes à s’en prendre un groupe d’individus en raison de leurs origines est une incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination.
Comment différencier l’injure publique et l’injure non publique ?
Qu’est-ce que l’injure non publique ?
On parle d’injure non publique lorsque l’injure est proférée dans un lieu privé et que seul un cercle restreint de personnes peut l’entendre ou y avoir accès.
Par exemple, il peut s’agir de propos tenus lors d’un dîner au domicile de la victime, de messages envoyés à un groupe d’amis, de vidéos publiées sur un compte privé (fermé au public) d’un réseau social de la victime.
Qu’est-ce que l’injure publique ?
L'injure publique est commise dans un lieu public ou dans une réunion publique, par l’un des moyens suivants :
Discours, cris ou menaces Écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images Tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image Placards ou affiches Publication par un moyen de communication en ligne accessible au public.
Si une vidéo injurieuse est diffusée sur un compte de réseau social accessible à tous, il s’agit d’une injure publique.
Il en est de même lorsque des propos injurieux sont tenus lors d’un débat public ou que des écrits sont publiés dans un journal.
À qui peut-on signaler une injure publiée sur internet ?
Peut-on signaler un contenu injurieux à l’hébergeur d’un site internet ?
Lorsqu’un contenu injurieux est publié sur internet, toute personne (majeure ou mineure) peut faire un signalement à l’hébergeur du site ou de la
À la suite du signalement, l’hébergeur doit vérifier que le contenu signalé est illicite.
Si tel est le cas, il doit immédiatement :
Prévenir les autorités compétentes (exemple : le procureur de la République )Et retirer ou bloquer l'accès au contenu illégal.
Si un contenu illicite a été signalé à l’hébergeur et qu’il ne l’a pas supprimé, l’auteur du signalement peut appel à un organisme de règlement des litiges. Cet organisme fera des propositions dans le but de trouver un accord amiable avec l’hébergeur. Cette démarche est payante : le prix varie en fonction de l’organisme que vous saisissez.
Peut-on signaler un contenu injurieux aux forces de l’ordre ?
Il est possible de
Pour signaler une injure, la victime ou le témoin doit directement contacter un service de police ou de gendarmerie.
Comment faire une action en justice contre l’auteur d’injure ?
La victime peut déposer plainte contre l’auteur de l’injure ou faire une citation directe.
Si elle ne connait pas l’auteur des faits, la victime peut déposer plainte contre X (en revanche, elle ne peut pas faire de citation directe).
Lorsque les faits ont été commis sur internet, la victime peut également porter plainte contre l’hébergeur qui n’a pas rempli ses obligations : supprimer le contenu injurieux et prévenir les autorités compétentes.
La citation directe permet d’éviter une enquête qui pourrait être longue. Toutefois, la rédaction d’une citation directe répond à des règles très strictes. Il est donc fortement conseillé à la victime de faire appel à un avocat.
Lorsque l’injure se trouve dans un fichier publié par un moyen de communication en ligne, le
La plainte doit être déposée dans un délai de 3 mois suivant la commission des faits (1 an lorsque l'injure présente un caractère raciste ou discriminatoire).
Pour déposer plainte, la victime peut se déplacer directement au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie de son choix. Elle a également la possibilité d’adresser un courrier au
Lorsqu’elle dépose plainte, la victime peut se constituer partie civile dans le but d’obtenir des
La victime peut se déplacer au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie de son choix.
Au moment du dépôt de plainte, il est recommandé de se munir de tous éléments qui démontrent l’infraction subie et qui permettent d’identifier l’auteur des faits (SMS, témoignages, photographies, vidéos, etc.).
Pour déposer plainte auprès du procureur de la République, la victime doit envoyer un courrier au tribunal judiciaire du lieu de l'infraction ou du domicile de l'auteur de l'infraction.
Le courrier doit préciser les éléments suivants :
État civil et coordonnées complètes (adresse et numéro de téléphone) Récit détaillé des faits, date et lieu de l'infraction Nom de l'auteur supposé si la victime le connaît (sinon, la plainte sera déposée contre X) Nom et adresse des éventuels témoins de l'infraction Description et estimation provisoire ou définitive du préjudice Documents de preuve : certificats médicaux, arrêts de travail, photographies, captures d’écran, vidéos, etc.
Il est possible d’utiliser un modèle de courrier :
La plainte peut être envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception (de préférence), par lettre simple ou par lettre suivie.
Elle peut aussi être directement déposée à l'accueil du tribunal.
Dans tous les cas, un récépissé est transmis à la victime dès que les services du procureur de la République ont enregistré la plainte.
Si la victime connaît l’auteur de l’injure et qu’il s’agit d’une
Elle dispose d’un délai de 3 mois à compter de la commission des faits (1 an lorsque l'injure présente un caractère raciste ou discriminatoire).
Si les propos ont été diffusés sur un moyen de communication en ligne, la citation directe doit viser le
Lorsqu’elle rédige une citation directe, la victime doit être très précise. Elle doit notamment indiquer les éléments suivants :
Identité et adresse du commissaire de justice qui délivrera la citation Identité et coordonnées de la personne visée par la citation Propos, écrits, vidéos qui constituent une injure et type d’injure dont il s’agit (injure publique ou non publique). La victime doit retranscrire mot pour mot les propos injurieux ou mentionner les passages précis qui relèvent de l’injure. Elle doit également démontrer que les propos, écrits, vidéos entraînent uneinfraction Lieu et date de l’infraction Textes de loi qui prévoit l’infraction dont elle est victime Préjudice subi et montant de ce dommage.
Elle doit également apporter tous éléments permettant de prouver la culpabilité de l’auteur présumé des faits et le préjudice subi.
Une fois la citation directe rédigée, la victime doit la transmettre, par lettre RAR, au tribunal compétent pour obtenir une date d’audience (tribunal correctionnel pour une injure publique / tribunal de police pour une injure non publique).
Puis, elle doit envoyer la citation directe et les pièces justificatives au commissaire de justice du domicile de l’auteur présumé de l’injure.
Une fois que le commissaire de justice à délivrer la citation directe au
Enfin, la victime doit payer une
Lorsqu’elle fait une citation directe, la victime est forcément partie civile. Elle peut donc obtenir des
Quelles peines encourent l’auteur d’une injure ?
L’auteur d’une injure encourt une ou plusieurs sanctions pénales. Si la victime s’est constituée partie civile, l’auteur des faits peut également être condamné à lui verser des
Lorsque l’injure se trouve dans un fichier publié par un moyen de communication en ligne, le
Les peines applicables aux auteurs d’injures racistes ou discriminatoires sont plus élevées que celles prévues pour les autres types d’injure. Par ailleurs, des sanctions spécifiques s’appliquent à l’auteur d’une injure adressée à une autorité publique (administration publique, juge, policier, juré, etc.).
Les peines applicables diffèrent en fonction du milieu dans lequel l’injure a été commise :
L'injure publique est punie d'une amende de
Le tribunal peut également décider que la condamnation sera affichée ou diffusée, aux frais de la personne condamnée.
Lorsque l’injure est adressée à un
En savoir plus sur l’excuse de provocation
La personne poursuivie pour injure peut invoquer
Pour que l’excuse de provocation soit retenue, il est nécessaire que la personne qui l’invoque prouve les 4 éléments suivants :
La provocation qui a entraîné l’injure était personnelle. Elle visait l’auteur de l’injure ou l’un de ses proches La provocation était fautive ou excessive La provocation a été commise juste avant l’injure La provocation est la cause de l’injure (l’injure doit avoir été proférée en réaction à la provocation).
Lors d’un procès, un avocat évoque l’Allemagne nazie à plusieurs reprises alors que le
L'injure non publique est punie d'une amende de
Lorsque l’injure est adressée à un
En savoir plus sur l’excuse de provocation
La personne poursuivie pour injure peut invoquer
Pour que l’excuse de provocation soit retenue, il est nécessaire que la personne qui l’invoque prouve les 4 éléments suivants :
La provocation qui a entraîné l’injure était personnelle. Elle visait l’auteur de l’injure ou l’un de ses proches La provocation était fautive ou excessive La provocation a été commise juste avant l’injure La provocation est la cause de l’injure (l’injure doit avoir été proférée en réaction à la provocation).
Lors d’un procès, un avocat évoque l’Allemagne nazie à plusieurs reprises alors que le
L’auteur présumé d’une injure publique commise envers une autorité publique encourt une amende d’un montant de
Le tribunal peut aussi décider que la condamnation sera affichée ou diffusée, aux frais de la personne condamnée.
Les peines applicables diffèrent en fonction du milieu dans lequel l’injure a été commise.
L’auteur d’une injure à caractère discriminatoire (injure raciale, portant sur le sexe, le handicap, etc.) encourt une peine d’1 an d’emprisonnement et de
Un dépositaire de l’autorité publique (exemple : policier) ou une personne chargée d’une mission de service public (exemple : chauffeur de bus) encourt une peine de 3 ans de prison et
Le tribunal peut aussi décider que la condamnation sera affichée ou diffusée, aux frais de la personne condamnée.
L'injure non publique à caractère discriminatoire (injure portant sur l’orientation sexuelle, sur le handicap, etc.) est passible d'une amende de
Comment être indemnisé par l’auteur d’une injure ?
La victime qui s’est constituée partie civile (ou qui a fait une citation directe) peut obtenir une indemnisation de la part de la personne pénalement condamnée.
Si la victime ne souhaite pas saisir les juridictions pénales ou si elle n’est pas partie civile, elle peut également faire une demande d’indemnisation auprès des juridictions civiles.
Cette demande peut viser l’auteur de l’incitation, éventuellement le
Les juridictions civiles ne peuvent pas condamner les responsables à une sanction pénale. Par contre, elles peuvent leur ordonner d’indemniser la victime.
Références
- Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : article 29 Définition de l'injure et de la diffamation
- Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : article 33 Peine encourue en cas d'injure publique
- Code pénal : article R621-2 Peine encourue en cas d'injure non publique
- Code pénal : articles R625-8-1 Peine encourue en cas d'injure non publique à caractère discriminatoire
- Loi n°82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle : article 93-3 Responsabilité du directeur de publication
